Le blog d'Ovary

Si elle n'existait pas vous l'auriez inventée

Sébastien est roux

« Vous êtes mes vrais parents ? Tout le monde dit à l’école que c’est pas possible que vous soyez mes parents. »

Il m’a dit ça dans la voiture, en bouffant sa barre de céréales à l’arrière. J’ai pilé à l’orange. Sébastien est roux.

Bernard et moi, nous avons deux enfants. Suzie, notre première fille, est née de notre amour il y a sept ans de là. Sébastien, ma seconde césarienne, n’est pas le fils de Bernard. C’est vrai. Mais Bernard l’a élevé comme son fils.

J’ai répondu qu’on en reparlerait à la maison. Elle avait bon toit la maison. Une fois rentrés, je l’ai envoyé voir Bernard avec son cahier de textes pour qu’il fasse ses devoirs.

J’ai gagné la balancelle et pensé à Jean-Louis, le papa géniteur de Sébastien. Le vrai père, comme on dit, celui qui a gonflé mon ovule, celui qui a transmis à mon fils un peu de sa couleur de cheveux.

J’ai pensé à ce que je pourrais bien te répondre, Sébastien, assise devant les géraniums et angoissée par mon secret.

Ton vrai papa, il s’appelle Jean-Louis. Il est quelque part dans mes vingt-neuf ans. C’est mon premier printemps dans le quartier des Rougemont. Je suis là, je porte les cartons du camion à la maison, je suis à bout de bras et je l’aperçois. Nos regards se croisent et je me sens toute chose. Pendant ce temps, Bernard fait le tour du jardin avec Suzie dans les bras. Ils sont heureux de découvrir le pavillon. Ils foulent la pelouse, respirent la campagne.

Les jours passent, Jean-Louis vient me voir régulièrement. Des jeux de séductions intenses naissent entre nous. On se rapproche, on se cherche. Je m’ennuie avec Bernard. Depuis Suzie, il ne me touche plus pareil, il n’a plus cette façon de me malaxer, de donner à mon corps du volume. Jean-Louis m’apporte ce que Bernard ne sait plus donner. Je me sens revivre.

Jean-Louis a énormément de boulot, ses matinées sont chargées. Mais dès que Bernard s’absente, on en profite. Il sonne deux fois et je sais que c’est lui. On fait l’amour. Beaucoup. Parfois trois fois de suite.

On prend du bon temps, on ignore si cela durera. Il ne me met jamais de pression, ne me demande jamais de tout quitter pour lui. Il connaît ma situation, il semble l’accepter. Un jour, on feuillette le programme télé qu’il me ramène. On se met à rêver devant un jeu concours qui promet un voyage à l’autre bout du monde. On s’imagine partir tous les deux, tous frais payés, et ne jamais revenir. On sait bien que ce n’est pas possible, pas maintenant. On verra demain, conclut-on souvent.

On n’a pas eu le temps de s’interroger sur notre avenir. Un matin, Bernard rentre plus tôt que prévu et nous surprend dans la chambre. Tu venais d’être conçu. Bernard devient fou, il demande à Jean-Louis de sortir tout de suite et de récupérer sa bicyclette en vrac dans le jardin.

Bernard garde le silence quelques jours. Notre couple bat de l’aile mais je réalise combien j’ai peur de perdre mon mari. Je fais des efforts, je demande pardon. Bernard a beaucoup de mal à passer l’éponge mais finit par le faire. Il m’interdit cependant de sortir. Il ne veut plus que je croise Jean-Louis.

Je me rebelle. En douce. Je désherbe devant la maison, je plante des fleurs, je trouve des prétextes bidons pour aller chercher le courrier ou balayer le trottoir. Bernard voit clair en mon petit jeu. Très vite, il me demande à ce qu’on déménage, me répétant que ça ne peut plus durer comme ça. Si tu m’aimes vraiment, partons, me dit-il très souvent.

La dernière fois que je vois Jean-Louis, ton vrai papa, ton papa de sang, c’est quand je lui parle de notre demande de réexpédition du courrier.

Voilà, tu sais tout chéri, t’es bien le fils du facteur.

89 mois et un peu d’éternité

J’étais place de la Bastille. Avec deux amies et un peu plus de bières. Ma mère m’a appelée, la voix chevrotante, celle des deuxièmes parties de soirée qui vous annonce la mort d’un proche. Mon grand-père venait juste de partir, mon père avait pris sa voiture en trombe et moi je me suis arrêtée. Je n’ai pas bien réalisé, par naturel ou par choix, je ne sais pas bien.

La minute d’après, alors que je m’apprêtais à appeler mon père, mon téléphone sonnait. Il tenait sa voix et le volant, comme il pouvait, il m’en disait plus, je ne disais pas grand-chose, rien ne venait, alors j’ai dit que j’allais rentrer, appeler ma sœur, mon frère et puis mon père a répondu « Ton roman va partir avec lui ». Je n’ai pas bien compris cette phrase, je me suis dit que mon grand-père avait eu le roman deux semaines avant, ma sœur lui avait offert. On avait signé, les petits-enfants. Partir avec, c’était peut-être ça, l’avoir lu, touché, vu. Je n’aurais pas voulu qu’il loupe ça.

Dans la maison des vieux, on colle des photos, des cartes postales, les plus beaux sourires de chacun, les meilleurs voyages et les petites réussites. On leur donne tout, très vite, souvent, pour qu’ils voient avant de s’en aller, parce que leur compte à rebours est déjà lancé, parce qu’on ne veut pas perdre une seconde.

Le jour de l’enterrement, chacun attendait son tour, un au-revoir au funérarium, et puis moi je restais dehors, avec ma cousine, ma mère, mon oncle, on se répétait qu’on voulait garder une dernière image d’un grand-père qui danse, on en listait quelques-unes, qui s’ajoutaient à toutes les dernières images de toutes les rencontres, de tous les moments, de tous les liens. La vie n’est qu’un vaste album de dernières images.

Mon père, ma sœur et mon frère sont venus vers nous, après avoir été voir mon grand-père endimanché. Ils m’ont dit que le roman partirait donc avec lui. Si ça m’allait. A ce moment-là, tout m’allait, bien sûr que tout m’allait, puisque rien ne m’allait vraiment, puisqu’on aurait voulu être ailleurs et bien des jours plus tôt.

J’ai pensé à Jeanne, ce ballon de baudruche sur la couverture, cet exemplaire si spécial qui avait parcouru Paris – la Bourgogne.

Et puis Michel Sardou a retenti dans l’église, on marchait jusqu’aux premiers rangs, sur des textes qui ont bercé mon enfance, sur une voix qui faisait tous nos trajets en voiture, parce que mon grand-père l’aimait. Il aimait les bals populaires et avait fêté ses cinquante ans de mariage sur les vieux mariés.

Et puis. La mort, c’est plus marrant, c’est moins désespérant en chantant.

Trois semaines avant sa mort, j’écrivais d’ailleurs dans un coin de carnet : je suis assise à l’arrière de la voiture de mon grand-père. Il met Michel Sardou. Je regarde le paysage et je ne sais pas que l’on grandit.

Je me disais que ça ferait un joli début de roman, si ce n’est qu’à la lecture de « Michel Sardou », j’aurais perdu pas mal de lecteurs.

Après l’église, ma mère m’a raconté, dans un demi-sourire, qu’on a coutume de dire qu’un ancien part à la naissance du dernier. Je n’avais jamais entendu ça. Le petit dernier, c’est bien le roman,  mais maintenant je doute quand même d’en faire un deuxième si chaque petit dernier apaise un prochain départ.

Mon roman a rejoint avant même sa sortie un autre monde, il a aussi rejoint ma grand-mère qui n’a pas lu depuis douze ans, ça lui fera plaisir.

Au cimetière, mon oncle m’a donné un coup de coude : tu crois qu’il a commencé à lire ? On a dissimilé un rire et puis on s’est dit « ça se trouve ». Heureusement qu’on a bien laissé un marque-page.

Aujourd’hui, je vois mon roman dans ma bibliothèque, sur des photos Instagram et bientôt, je le verrai en librairie. Pourtant, mon image à moi, c’est celle du roman près de mon grand-père.

Le 4 mai, je serai excitée par sa sortie, émue de le savoir-là, près de vous tous.

Et je penserai à mon premier lecteur en trinquant, les yeux ailleurs et la fierté bien placée.

 

 

 

L’herbe verte

Quand je suis chez eux, quand ils sortent ce petit bol avec des cacahuètes, je le regarde, je le regarde et je pense que la vie est plus belle quand on possède ce petit bol.

Ce bol est bleu. Je ne sais pas d’où il vient.

Il est posé sur un plateau, lui-même posé sur une table basse, elle-même posée sur un tapis. J’observe le tout. Plus tard, je veux acheter le petit bol et me demande s’il me faut le même plateau, la même table basse et le même tapis.

En bas des immeubles, quand la nuit tombe, je lève les yeux. Je tombe sur des bouts de salon, des lampes suspendues, une lumière qui donne envie d’être en hiver. Chez les autres, le temps est lent, des bains coulent dans des baignoires très blanches, on met quinze minutes à plonger dans l’eau. Pourtant, elle est toujours bouillante. Le canapé est confortable et une musique de fond accompagne la soirée.

Je ne sais pas quelle est cette musique, je ne la trouverai jamais. Peut-être qu’elle n’existe que dans mes songes, des songes auxquels je n’ai pas bien accès.

Je me dis que ça ne fait pas de doute. L’herbe est plus verte ailleurs.

Je traverse une petite place, la boulangerie et l’épicerie me fascinent. Il me semble que si je vivais là, j’achèterais du pain tous les jours et je presserais des oranges chaque matin. Quelques étages plus haut, cet appartement doit avoir de la moquette. Je veux alors de la moquette et des petits déjeuners royaux.

Ces appartements qui donnent sur rue ont ce qu’il faut de bruit pour être bercés. On doit y trouver la vie paisible et le sommeil dans un coin de la chambre.

Parfois, j’entre chez eux, chez vous, je fais l’exercice de me projeter jusqu’au pire. Je projette le vide et l’ennui, des bains froids et quelques insomnies. J’invente des angoisses et des ventres qui se tordent. Je me projette jusqu’à conclure qu’ici ou ailleurs, avec un petit bol et tout autre objet aux valeurs soi-disant certaines, la vie n’y est pas meilleure.

Alors je rentre chez moi, je tente d’avoir un regard neuf, le regard d’un étranger qui m’envierait. Pendant une heure, je redécouvre un lieu qui a ce qu’il faut de réconfort. Pieds nus, je foule le tapis, je me dis que j’ai choisi le bon et je tends l’oreille vers les sirènes qui relient la Salpêtrière à Cochin.

Je fais attention à chaque détail et cherche celui qui me manque pour apprécier un instant ce que j’ai. Il me faut peut-être une nouvelle bougie, un nouveau parfum d’intérieur. Peut-être les deux en même temps, ainsi que des nouveaux chaussons et un pyjama si doux que ma peau ici trouverait les lieux tendres à souhait.

Parfois, j’achète trois bougies d’un coup et pendant trois semaines, j’apprécie leur présence. Je ne les allume pas pour qu’elles vivent plus longtemps.

Vos bougies sentent souvent très bon, je ne sais pas exactement ce que valent les miennes.

Enfant, je rentrais toujours de chez mes amies aux chambres parfaitement rangées avec l’envie de reproduire la même chose. Je décrochais mes posters et déposais ma chaine hifi au sol pour pouvoir écouter de la musique par terre, en tailleur.

Hier, j’ai passé la journée chez ma soeur. L’ambiance du début de soirée était douce et chaude, presque parfaite.

Je réalise souvent que l’herbe est plus verte d’être inconnue. Pas inaccessible, mais inconnue. Je me dis alors que je n’aime pas connaître. Connaître et tomber dans la familiarité, m’habituer jusqu’à ne plus voir ou sentir. J’aime les premières gouttes du gel douche et taper un code d’immeuble pour la première fois.

Pourtant, j’aime les habitudes, les rituels. Je crois seulement que je leur cherche le meilleur décor. Je veux les renouveler, devant un petit bol bleu ou les bras en l’air, qui fixent aur mur une nouvelle étagère.

Quand nous avons cherché un appartement, je n’avais qu’une exigence, peut-être deux. La baignoire et un quartier tout neuf. Je voulais découvrir un nouveau supermarché, une nouvelle boulangerie, apprendre le nom des rues alentour. Exporter mon quotidien ailleurs, dans un pré plus flamboyant encore.

Connaître son quotidien, l’aimer. Et lui chercher le plus bel hôtel pour séjourner ici. Le chercher chez vous et aux pieds de tous ces immeubles, dans toutes les rues, dans tout Paris, dans tous les rayons de tous les magasins de déco, vouloir embellir ses journées, courir après un mieux, et, au détour de ces projections, se rouler dans l’herbe verte  le temps de quelques minutes, avant que le soleil ne se couche et que les éléments perdent de leur couleur.

 

Est-ce qu’il va revenir ?

En décembre, il est parti. Il a claqué la porte sur cinq ans de relation. Tous les deux n’avaient même pas fait le sapin. Elle a pensé « heureusement ».

Elle n’a pas fêté Noël, pas la bonne année. Elle a dormi des jours durant, surveillé son téléphone, elle a pleuré, beaucoup, elle a arrêté de se maquiller, de manger et de se laver.

Il l’a appelée, mi-janvier. Elle n’a pas osé décrocher, de peur qu’il la voie à travers le téléphone. Dans un message vocal, il a dit : j’espère que tu vas bien, ça serait sympa de prendre un verre un de ces quatre. Elle a replacé ses cheveux, quand même.

Dans la foulée, elle a appelé toutes ses copines. Elle en a onze, des amies très proches. Elle leur a demandé ce qu’elles pensaient de ce message vocal. Elle a mis le ton, elle a reproduit chaque note de la voix de Fabian. Elle a ajouté « il faut que l’on se voie, je te le ferai écouter ». Elle a fixé des rendez-vous. Des face à face et trois par trois. Elle a collé son téléphone à des oreilles, elle a veillé à ce que personne ne le touche et efface par mégarde les quelques mots déposés là.

Elle a demandé : tu en penses quoi ? Pourquoi me voir ? Je réponds ? Elle a posé les mêmes questions aux onze amies. Elle a trié les réponses. Des plus positives aux plus négatives. Fabian veut revenir. Fabien se donne bonne conscience. Fabian n’est qu’un connard.

Elle a aussi demandé à chacune quel était le pourcentage de chance qu’il revienne. Elle a eu des 5% et des 90%, elle a établi une moyenne et elle a bien dormi.

Elle s’est quand même dit dans la nuit qu’il lui faudrait un avis de mec. Elle a demandé à un ami. Réponds-lui. 50%.

Alors elle a fini par envoyer un message à Fabian en disant qu’elle était d’accord pour un verre. Il a répondu tout de suite, dans la seconde, il a répondu que ça lui faisait plaisir. Il a aussi écrit « tu me manques ».

Elle a appelé neuf copines. Elle a pris soin de ne pas interroger les deux qui avaient les propos les plus tranchés quant à cette histoire. Elles ont toutes analysé, du mieux qu’elles ont pu, le temps de réponse de Fabian et le « tu me manques ». A l’unanimité, elles ont pensé que c’était positif même si certaines ont conseillé à Sandra de rester méfiante ou de garder un minimum d’égo.

Sandra a passé des dizaines de coup de fil. Elle a donné à l’une l’avis de l’autre, elle a confronté neuf pensées, neuf discours, elle a créé un débat géant qui a duré trois jours, elle a cherché à comprendre les mots de Fabian, elle a voulu tout savoir, elle a voulu connaître la suite de l’histoire, les retrouvailles et même leur date.

Elle a écouté tous les avis, tout ce que « tu me manques » pouvait bien vouloir dire d’après ses amies. Elle a même pensé à écrire au 6 12 12.

Elle a juste oublié de lire elle-même les mots de Fabian et de répondre le plus simplement du monde : toi aussi.

L’amoureuse de l’amour

Je n’ai jamais dit je t’aime qu’à d’autres je t’aime. Je suis tombée amoureuse d’un bouquet de roses il y a exactement trois Saint-Valentin. Il s’appelait Renaud, il avait laissé un mot, un projet pour Honfleur.

Je suis tombée amoureuse des terrasses sur le port et des plaids qu’on enroulait autour de nos genoux.

Il y a deux Saint-Valentin, je suis tombée amoureuse d’un dîner au restaurant, d’une addition salée et d’une promenade dans Paris. Les ponts de nuits, les par-dessus la Seine, les lumières et nos ombres qui se chevauchaient parfois. Je suis tombée amoureuse d’un baiser vers les trois heures du matin.

Je suis déjà tombée amoureuse d’un profil Meetic, du verre en face à face que nous avons programmé, de l’ambiance dans le bar, d’une paire d’yeux qui fixaient mon cou, d’envie et de curiosité. J’ai aimé rentrer chez lui, j’ai aimé ses draps froissés et le goût de son café au petit matin. Je suis tombée amoureuse de sa tasse Friends, j’ai imaginé qu’elle deviendrait mienne, qu’elle aurait sa place dans le placard et qu’elle ponctuerait tous nos dimanches matins.

En février dernier, j’ai aimé un rendez-vous sur les Grands-Boulevards, la confidence timide d’un homme pas très Saint-Valentin, qui m’a dit avoir peur de l’amour. Je suis tombée amoureuse de sa trouille de tomber contre moi, de ses mains qui tremblaient en parlant de notre rencontre surprenante. La cause de plusieurs insomnies. Je suis tombée amoureuse des miennes, elles ont suivi, elles ont rêvé d’un grand appartement, de moquette au sol et de projets d’enfants.

Toutes ces années, j’ai aimé l’amour, l’idée que j’en avais et le mariage que je voulais vivre. Une robe blanche, magnifique robe blanche, un discours rythmé des plus belles citations d’amour, deux degrés d’alcool, un tourbillon, de la danse et la sûreté de s’aimer pour toujours.

Parfois, je voudrais tomber amoureuse d’un visage, d’une histoire et d’une enfance. D’une voix sans ses mots, de fleurs sans leurs symboles, de voyages sans leurs invitations. Je voudrais tomber amoureuse d’un homme.

Mais je suis déjà amoureuse de l’amour.

Dans 89 jours

J’ai toujours eu un rapport étrange aux comptes à rebours. Ils me rassurent et m’effraient. La dernière fois que j’ai compté sur mes doigts, le nez contre le calendrier de mon téléphone, c’est lorsque mon mec est parti en Malaisie. Je l’ai accompagné jusqu’au RER (l’aéroport c’est loin), je suis rentrée, le vide était déjà là, j’ai pensé « 22 jours ». Et puis j’ai pensé « c’est court », j’ai aussi pensé « c’est long ». Le soir, je l’enviais, le décalage horaire le rapprochait davantage de moi, que moi de lui.

Le matin, je me levais, je me disais « bientôt ». Le temps ne passait pas vraiment, j’étais clouée au lit avec mon hernie discale. Je n’avais qu’une chose à faire, c’était compter. Les jours et les médicaments. Evidemment, plus tu comptes, moins le temps passe.

Le décompte suivant son chemin au même rythme que mes heures à moi. Parfois je le soupçonnais d’être un peu mou du genou mais on était quitte, j’étais un peu molle du dos.

Quand j’ai pu doucement remarcher, le temps passait plutôt vite. Certains jours je ne comptais pas, j’oubliais et voilà que j’étais heureuse de retirer deux jours d’un coup à mon attente.

Je n’aime pas l’idée d’attendre mais je n’aime pas non plus l’idée que le temps passe vite. Tu te presses, tu veux retrouver ton mec, mais demain t’auras cinquante ans et tu te demanderas pourquoi avoir tant espérer que les aiguilles accélèrent.

Quand il est rentré, j’ai évidemment trouvé qu’il était rentré vite et surtout à temps. Parce que quand tu le revois, tu as le sentiment d’avoir atteint ta limite. Le cerveau est bien fait, il ne te fait pas craquer mais te fait croire que tu étais à deux doigts de le faire et que tu peux te féliciter.

Voilà, depuis août dernier je n’ai pas eu de nouveau décompte en tête (et pas de crise d’hernie discale) si ce n’est peut-être le cinq, quatre, trois, deux, un, bonne année, que j’ai crié bêtement, superstition obligée, la peur de ne pas être à l’heure, d’être en retard pour 2016, de louper le grand saut et le nouveau recommencement.

Et aujourd’hui, un nouveau décompte est là. Le roman est terminé. Le roman est titré « 89 mois ». Un soir, on s’est regardé avec mon éditrice, on s’est dit : il s’appelle 89 mois et un jour, il sortira dans 89 jours (quand on prend un verre de vin, on a l’esprit plutôt mathématique, un jour on a même trinqué au fait que un + un, ça fasse deux et que c’était cool d’avoir des souvenirs d’école).

C’est dit : le roman qui s’appelle 89 mois sort dans 89 jours. J’étais un peu obligée, avec un titre pareil, de penser au décompte.

89 jours, ça me paraît un monde alors je me dis qu’il ne faut pas y penser, de ne pas dérouler mes doigts et mon agenda, tout oublier pour que ça approche sans que je m’en rende bien compte. Tu vas me dire, heureusement que le roman ne sort pas dans 89 mois.

Je préfère penser 89 jours que 3 mois, j’ai l’impression que ça passe plus vite, même si le chiffre est plus gros. Faut dire que dans nos têtes, un jour passe plus vite qu’un mois.

Jeudi soir, en me brossant les dents, je me suis quand même dit « il sort dans trois mois, ça va aller super vite ». Jeudi, on était le 4 février (au cas où tu veuilles connaître la date de sortie du roman et celle où je me lave les dents).

Voilà, je n’ai rien d’autres à te dire si ce n’est que j’hésite à poster tous les jours J-89, J-88, J-87 sur Facebook, et ainsi de suite – je ne tape pas jusqu’à J-1 parce que j’ai la flemme, d’abord, et parce que la longueur de cette liste pourrait m’effrayer, ensuite.

Alors faisons comme ça, n’y pensons pas, ne pensons à rien et le jour de sa sortie, le 4 mai, on se dira : ça passe vite 89 jours. Ton billet, c’était hier.

sablier

15h, heure de merde

Je déteste « 15h ». Je déteste cette heure creuse où il ne se passe strictement rien : les gens digèrent, le déjeuner est terminé, l’apéro encore loin. Je déteste même l’après-midi à partir de 14h35. Parce que quand on donne l’heure, on dit « quinze heures moins vingt-cinq ». Ça sonne déjà 15, je n’aime pas. Et jusqu’à 15h59, je n’aime pas.

En entreprise, on te colle des réunions à 15h, tout le monde se touche le ventre et boit son café, tout le monde est content de voir le temps défiler et se réjouit de voir bientôt « 16h » s’inscrire sur son mobile. A partir de 16h, ça passe plus vite, c’est bien connu.

Et puis t’as remarqué, on te dit toujours de ne pas poster sur Facebook à 15h, car tu vas tomber dans un vide. 15h, c’est le triangle des Bermudes, ça me fait flipper. Envoie un SMS à 15h, on ne te répondra pas. Le monde s’arrête. Moi aussi.

A 15h, je n’ai jamais d’énergie. Si tu me demandes un truc à 15h, je ne suis pas là ou je réponds « lol ». Le matin, je suis vive. Après 17h je suis vive. Après 21h, je reste vive mais ça dépend pourquoi. Il y a un fossé entre travailler et boire, même pour une fille qui « écrit ». (T’as vu, je suis pudique, je mets mon métier entre guillemets).

D’ailleurs, j’en veux à 15h d’exister, mais pendant le roman, j’ai été victime d’un miracle. Certains jours, à 15h, j’étais avec mes personnages. Ils aimaient bien me voir à 15h, ils ne devaient rien branler non plus.

J’ai toujours pensé qu’il fallait mieux bosser tôt et terminer sa journée à 15h. C’est tellement vide, 15h, autant remplir cette tranche horaire de choses qu’on aime. Mais je vais te dire, je ne trouve pas toujours comme la remplir. Ou si, faire un deuxième roman avec des personnages qui ne branlent rien à 15h. En attendant que mes idées se réunissent, je regarde 15h, l’appartement me paraît froid, triste, il n’aime pas 15h non plus.

J’ai essayé plein de trucs. Ces derniers temps, je me suis mise au bain. Oui, je prends un petit bain à 15h. Ma vie de free-lance est absurde. Surtout que pour en arriver là, je me dis que détester 15h, c’est vraiment avoir un problème de riche.

Je fais aussi des mots fléchés et j’appelle des copines. J’ai des copines free-lance qui se font bien chier à 15h et qui n’ont pas de baignoire.

Parfois, je me lave les cheveux et je décide de les lisser, ça m’occupe presqu’une heure jusqu’au goûter. Même si je ne goute pas. D’ailleurs, je goûtais avant. C’est peut-être ça, le souci. On nous a trop appris à attendre le goûter. Et quand tu attends quelque chose, tu n’es pas dans le présent.

J’ai pensé à la sieste, le meilleur moyen de s’éloigner de cette heure de merde, mais je n’arrive pas à dormir. Quand je réussis, je me lève la tête dans le fion, et je me dis qu’il vaut mieux en chier à 15h que tout le reste de la journée.

Non vraiment, je n’ai quasiment que des souvenirs creux et ennuyeux de 15h. Pire 15h30. T’attends la récré, t’attends de quitter le boulot, t’attends qu’il y ait un truc à la télé. Parce qu’à 14h30, tu te tapes toujours Sophie Davant, les enfants disparus et les combats contre la maladie, et ça me donne envie de me suicider, en même temps ça tombe bien, que se suicider à 15h. Comme le dimanche ou le lundi matin ou durant le mois de novembre.

Bon, voilà, tu t’en fous, ou bien tu comprends.

Cet après-midi, vers 15h, j’ai réfléchi. Il faut vraiment que je sorte de cette angoisse. Il faut que 15h change de ton.

Je me suis dit qu’en mai, quand le roman sortirait, je ferai un truc cool. J’irai le voir en librairie une après-midi bien pourrie à 15h. Pour avoir à jamais le souvenir d’un 15h qui procure une petite chaleur dans le ventre.

Les grandes vacances

Hier, je discutais de sperme avec Nathalie Giraud, sexothérapeute, au téléphone. C’était chouette. Au milieu de notre conversation, on a parlé de mon premier roman que je viens de terminer. Et je lui ai dit combien je ressentais un vide, un manque. Alors elle m’a suggéré de m’adresser à mes personnages, de leur souhaiter de « bonnes vacances » et de les retrouver en mai, pour la sortie. Allez, dis-leur.

Cinq mois de vacances, ils vont se mettre bien.

Quand nous avons raccroché, j’ai imaginé Nathalie me prendre par la main et me planter devant mes petits copains : allez, dis-leur, vraiment. Alors je leur ai souhaité de magnifiques vacances, du soleil, des mojitos, du sexe, et de régler leurs petits problèmes, parce que je n’ai pas pu tout faire.

Dans mon bureau, en plein silence, j’ai attendu qu’ils me répondent, mais en même temps, je fixais le grand mur blanc devant moi, il aurait peut-être mieux fallu fixer mon manuscrit.

Puis après tout, mes personnages ne m’aiment peut-être pas. C’est sûrement chiant une vie où tu changes trois fois de prénoms en six mois.

J’ai ensuite quitté la pièce, je les imaginais dans l’avion et je les ai trouvés un peu égoïstes de ne pas m’inviter. Après tout, sans moi, ils n’existeraient pas.

Ce matin, je pensais tellement à eux que ça m’a démangé de leur envoyer un message pour savoir comment ça se passait. Au moins pour savoir où ils étaient, voir si l’éditeur rince bien.

Je me suis retenue, pour ne pas être trop envahissante. Et c’est peut-être mon silence qui les fera revenir, ça a marché avec quelques ex.

Depuis, j’imagine cette petite bande s’éclater dans une piscine tandis que moi, je suis prise d’un vide terrible et je compte les jours jusqu’à notre prochain rendez-vous. La bonne nouvelle, c’est qu’on va sûrement se croiser – eux très bronzés et moi blanche comme un cul – après l’impression des épreuves non corrigées parce que ce serait bien de publier un roman corrigé. Et puis on se recroisera à des réunions, des trucs du genre, avant de se voir en librairie et de se sauter dessus.

Avec l’espoir fou, déjà, que vous vous sautiez aussi dessus.

Trois fois en deux heures

Elle se fait belle. Depuis qu’il est parti, début juin. Elle se maquille chaque matin pour de grands cils et marche la tête droite. Elle espère le croiser. Elle voudrait qu’il voie comme elle est jolie, comme ses jambes ont fondu, comme ses cernes ont disparu. Elle voudrait qu’il regrette, qu’il l’aperçoive et que son cœur en tombe, que le passé lui revienne et qu’un futur l’inspire.

Parfois, elle voudrait qu’il la croise aux bras d’un autre. Alors quand elle est avec un copain pas trop moche, elle marche tout près, un peu collée, un peu serrée, parce qu’ils vont peut-être tomber sur Pierre, rue Princesse. Il venait souvent avant. Il pourrait venir ce soir. Il pourrait la voir avec un autre, trembler de jalousie, revenir à elle.

Elle l’a recroisée, une fois, à une soirée chez des amis en commun. Elle était très jolie, elle avait une jupe noire et des collants mêmes pas filés. Elle lui a souri, pour qu’il remarque son détartrage, mais n’en a pas trop fait, pour rester mystérieuse. Elle dansait, elle faisait semblant d’être absorbée par la musique mais en réalité, elle essayait simplement de sentir le regard de Pierre sur ses hanches. Trois fois en deux heures.

En septembre, elle a mis des photos sur Facebook. Elle rentrait de Grèce, elle avait de beaux clichés. Une amie lui avait confirmé que son plus beau profil était le gauche. Elle a choisi les photos minutieusement, elle n’a pas voulu les retoucher. Pas de triche, Pierre la connait bien. Sur les cinq postés, il en a liké une. Elle était heureuse, elle en a parlé toute la journée. Elle était en bonne voie, ses petits plans marchaient. Après, elle a disparu de Facebook six jours en espérant qu’il s’inquiète.

Depuis un mois, elle continue de lisser ses cheveux. De faire du sport. Elle tient bon. Bientôt six mois. Il va revenir, c’est certain. Elle se retient parfois de l’appeler, elle invite leurs amis communs à parler d’elle « toujours en bien s’il-vous-plaît » mais « pas trop pour qu’il se demande ce que je deviens ».

Et puis ce soir, elle va boire, ce soir c’est la Saint Sylvestre, elle va danser, elle va y penser, elle va espérer qu’en 2016 Pierre revienne, elle va applaudir ses propres stratagèmes, elle va demander à ses amis de la prendre en photo, elle va espérer intimement que les clichés soient partagés sur tous les réseaux sociaux de la Terre, elle va espérer que Pierre tombe dessus, pense à elle et fasse son grand retour, elle va surveiller son maquillage à chaque fois qu’elle va aller aux toilettes, elle va se dire je continue, je continue, ça va marcher, fuir, disparaître, intriguer, lui manquer, et puis elle boira un verre de trop, et puis deux verres de trop. Et puis elle lui enverra un texto complètement bourrée.

Marie & Yoann & Rémi & les autres

S’ils avaient eu vingt ans de plus, ils auraient certainement fait boîte mail commune : marieyoann@maildecouple.com. Ils auraient peut-être ajouté : « et leurs enfants ». Et puis un gif animé sous la signature. Un sapin avec des boules rouges qui clignotent en temps de fêtes.

Ils n’ont pas de boîte mail commune, mais ils signent très souvent de leurs deux prénoms. D’ailleurs, ils se marient très bien, leurs deux prénoms. Elle aime bien les signes, ils ont tous les deux un « a ». Ils répondent ensemble à des invitations, ils disent « on a bien noté pour le 27, on a hâte. Marie & Yoann ». Elle aime bien les esperluettes, elle en met partout dans ses messages, parce qu’elle n’a jamais réussi à en tracer à la main.
« & on ramène le dessert ! ». Ils vont acheter le dessert ensemble, ils disent aux pâtissiers « on adore ce que vous faites, on n’est jamais déçu ».

Ils disent souvent qu’ils ont le moral. Ils ont un moral pour deux. Ils partent tous les ans en vacances en Bretagne. Ils louent toujours le même appartement à deux retraités qui préfèrent la côte d’Azur pour le mois d’août. Ils disent alors à leurs amis : on part en Bretagne. Sur les cartes postales, ils écrivent qu’ils ont beau temps, qu’ils ne sont pas pressés de rentrer. Et quand ils rentrent, ils disent qu’ils n’étaient vraiment pas pressés de rentrer. Ils disent en même temps : on reprend le boulot demain.

Personne ne remarque qu’ils sont un « on ». Parce que c’est comme ça, ils sont un couple. Leurs amis disent aussi « on sera en retard ». Et ils trouvent ça normal, puisque leurs amis prennent la même voiture pour venir à la soirée.

On s’est couché tard, on a été au cinéma, on a joué au Loto, on a perdu. Parfois Marie dit « je ». Elle dit « j’ai mes règles » à ses copines. Si Yoann avait ses règles, elle dirait « on » parce qu’il y aurait beaucoup de chance pour qu’il les ait en même temps.

Il y a une semaine, Yoann est parti. Il a dit « je te quitte ». Elle aurait préféré qu’il dise « on », peut-être qu’elle serait alors partie avec lui.

Quand on demande à Marie comment ça va, elle dit que ça fait aller. Une fois, on l’a surprise à dire « on va mal ». Elle dit encore « on », sans doute parce que Yoann est partout, sans doute parce qu’elle ne sait plus vraiment qui elle est depuis qu’il n’est plus là.

Elle dit « on doit rendre l’appartement, on doit prévenir les proches ». C’est vrai que se séparer, ça se fait un deux, même s’il y en a qui part et un qui reste.

Marie, elle l’attend. Tout ce qu’elle continue de faire, c’est ce qu’ils faisaient à deux. Alors on continue de dormir, enfin on dort mal, on continue de manger, enfin on fait ce qu’on peut, on dit oui pour l’invitation, même si on signe Marie. On dort seule, ça fait toujours un peu plus de présence que si elle dormait vraiment seule.

Hier, Marie a dit : « J’ai beaucoup pleuré ». Ses oreilles ont un peu bougé, ça lui a fait bizarre de s’entendre parler d’elle à la première personne. Le « Je » était plutôt réservé à son cycle menstruel et sa taille de soutien-gorge, parce que Yoann n’en mettait pas.

Elle dit que ça fait bizarre, soudainement, d’être quelqu’un. Une seule personne. Elle sursaute à chaque fois, elle ne fait pas exprès, mais le « je » revient, parce que maintenant, force est de constater qu’elle mange seule, qu’elle boit son café seule, qu’elle fait les courses seule. Parfois, elle dit « on » quand elle parle de ses collègues et de ses amis. « On organise un pot de départ ». Elle se surprend à rêver. Peut-être que Yoann sera à ce pot de départ. Après tout, derrière le « on », il y avait eux deux.

Yoann a pris de ses nouvelles ce matin. Il lui a demandé comment elle allait. Il est chez un pote en ce moment, en attendant de trouver un appartement. Elle a lui a répondu qu’elle allait bien mais elle a menti. Elle ne tient pas vraiment le coup, elle espère qu’il va revenir, elle a envie de recomposer sa vie avec lui, de retrouver leurs bonnes vieilles habitudes. Parce que ce n’est pas possible d’être seule quand on a toujours tout fait à deux. Dix ans d’histoire, ça vous désapprend un tas de choses. La seule chose qu’elle savait faire seule, c’était peut-être bien pisser.

Elle n’a pas de goût,elle s’ennuie, elle ne sait pas quoi faire, où se promener. Sa couleur préférée était celle de Yoann, elle aimait les mêmes films que lui, les mêmes parcs.

Elle a envie d’être deux. Avec le temps qui passe, elle se dit même qu’elle est prête à prendre le premier venu. Un homme gentil et sympa qui voudra bien aller au restaurant, l’accompagner à des soirées et puis aussi à des mariages. Parce qu’ils se marient tous, en ce moment. « On est heureux de vous accueillir au Domaine de Richemont pour célébrer notre union ». Ça lui fait mal, à Marie. Elle ne conçoit pas la vie autrement qu’à quatre bras, quatre mains, quatre jambes, elle aime les choses en double, marcher à côté de quelqu’un, avoir un voisin dans le bus qu’elle peut bien sûr tutoyer et qui choisit où s’asseoir.

Alors il y a Rémi, ce garçon qu’elle aime bien, même si elle fait un peu semblant d’apprécier quand il la déshabille. Elle est contente, il a bien deux bras et deux jambes et deux mains. Elle l’a rencontré sur internet. Elle a fouillé les sites de rencontre. Parce que la psy lui a dit : vous n’avez jamais appris à être seule, il faut, maintenant, c’est essentiel. Mais Marie a rétorqué qu’elle n’avait pas envie. Alors elle s’est bougée.

Aujourd’hui, on peut rencontrer des garçons partout, tout le temps, aujourd’hui, on n’a plus besoin d’apprendre à être seule, puisqu’on a l’opportunité de ne jamais l’être.

Rémi accepte d’aller à une soirée. Elle écrit qu’ils viendront, elle signe « Marie & Rémi ». Il dit qu’il n’aime pas trop le pâtissier que Marie aime tant. Ce n’est pas bien grave, répond-elle, on trouvera le nôtre.

Devant la vitrine du nouveau pâtissier, elle décide de leur dessert préféré. Rémi n’est pas d’accord, il est plutôt fraise que chocolat. Alors elle devient fraise. Elle se fait tatouer, elle aime maintenant le bleu et les vacances à Biarritz, elle préfère l’automne et le jus de pamplemousse au jus d’orange.

Une amie comprend. Elle réalise que Marie n’est jamais vraiment elle-même, seulement l’autre. S’il saute d’un pont, tu sautes d’un pont ? Marie rigole : « On ne fera jamais ça ».

Avec Rémi, elle ne s’ennuie pas, elle ne s’ennuie jamais. Il a beaucoup de centres d’intérêt, elle a même découvert le tir à l’arc. Elle s’est mise à la musculation. Ses bras gonflent, elle met les chemises de Rémi, parce que ses chemises sont plus belles que ses pulls à elle. Un jour Rémi lui dit : c’est bizarre que tu fasses tout comme moi, j’ai l’impression que je suis en train de tomber amoureux de moi.

S’il savait comme elle rêve un jour de tomber amoureuse d’elle.