36 degrés et la pose de mon stérilet

Quand mon gynéco m’a prescrit un stérilet il y a quelques mois en me conseillant de réfléchir, j’ai bizarrement perdu l’ordonnance dans l’heure. Tomber dans les pommes, souffrir des jours durant, saigner comme une vache, faire une grossesse extra-utérine, tout ça à la fois, c’était non. Et puis surtout, je craignais de le sentir du simple fait de penser à lui (comme avec un ex).

Finalement, l’idée a fait son chemin puisque j’ai décidé intelligemment de n’écouter que les femmes qui en tiraient une belle expérience : « La pose n’est même pas un sujet », « Tu as mal quinze secondes et après tu es libre », « Mon mec ne sent même pas les fils au bout, son gland va bien ». Alors j’ai pris mon téléphone et rendez-vous, j’étais aussi fière que peureuse et j’aurais voulu le poser tout de suite, dans l’élan, pour ne plus avoir le temps de réfléchir.

Petit préliminaire dix jours avant, fort agréable, avec un prélèvement endocol en laboratoire. L’infirmière était gentille mais la façon dont elle a exploré les tréfonds de mon corps m’a légèrement fait douter. Si c’était un avant-goût – moi qui adore par ailleurs les frottis, par habitude et par comparaison au détartrage –  tout ce qui touchait à mon col m’a semblé être l’enfer. Mais positive comme je suis (LOL), j’ai décidé d’oublier cette épisode.

La veille de la pose du stérilet, j’ai commencé à flipper sévère, je suis allée le chercher à la pharmacie et telle une petite vieille au besoin de parler, je ne lâchais pas ma pharmacienne. J’attendais qu’elle me caresse les cheveux et propose de m’accompagner.

A deux heures de m’y rendre, ma mère m’a envoyé un petit message : « Pensées pour ton utérus ». J’ai trouvé ça hyper sympa de sa part, moi il y a 29 ans, je n’ai pas pensé une seconde à son utérus. C’est là que j’ai dit à ma sœur – qui m’accompagnait puisque la pharmacienne ne s’était pas dévouée – que j’étais ridicule d’avoir peur, parce qu’un jour il faudrait peut-être accoucher et qu’à côté, la pose d’un stérilet ça faisait un peu pitié.

Ma sœur oscillait entre le besoin de me rassurer (mais c’est rien, calme-toi), et des remarques incontrôlables (jamais je ne pourrais faire ça) (en plus avec un homme).

Au fil des minutes qui me rapprochaient du cabinet médical, j’ai été lire le pire sur Internet. Il fallait bien trouver des raisons d’annuler puisque manifestement, mon corps était si tendu que personne ne pourrait y entrer.

J’ai alors lu que dans des cas très rares le stérilet pouvait s’échapper DANS LE CORPS. Se retrouver dans l’abdomen. Genre une envie d’explorer les coulisses, comme si être aux premières loges d’un vagin n’était pas suffisant.

Alors que j’ai imaginé le recracher par la bouche le lendemain et que j’ai proposé à ma sœur de proposer au chauffeur de bus de faire demi-tour, elle a dit que maintenant que j’avais lu ça, elle était certaine que j’allais l’appeler 48h plus tard en disant que « je sens un truc dans mon estomac, Fanny, est-ce que c’est normal ? ».

J’ai répété j’annule, elle a répété trop tard, et je suis entrée mécaniquement dans le cabinet médical, avec dans une main mon sac, dans l’autre mon « tote bag de secours » comme je l’ai baptisé, avec Antadys, Spasfon, Doliprane, serviettes hygiéniques et numéro d’un ami.

Quand le gynéco a dit « Mlle Michel », j’ai regardé dans la salle d’attente s’il y en avait d’autres, ce qui aurait pu être le cas, je veux dire on est tellement de Michel sur cette Terre qu’il y avait bien une chance sur deux que ma voisine s’appelle comme moi. Ma voisine de chaise c’était ma sœur et visiblement elle ne s’est pas sentie concernée.

J’ai suivi le gynéco, il a demandé si ça allait, j’ai trouvé sa question bizarre, forcément il savait que ça n’allait pas, j’ai alors pensé qu’il n’avait bien noté ce pourquoi j’étais là et qu’il allait me sortir que « bah non, pour un stérilet, il faut s’organiser un peu mieux, pas de rapports sexuels dans les six précédents mois, quinze massages du périnée et une toupie porte-bonheur, on doit repousser, navré ». Mais non, il a regardé mon dossier en me demandant de « lui donner », alors j’ai sorti mon MONA LISA® de mon tote bag et je lui ai tendue, hésitante. Il me l’a un peu arraché.

Il m’a invitée à me déshabiller, j’ai exécuté en espérant qu’il change d’avis puisque moi je rêvais de le faire, tout en me disant que je m’en voudrais à vie.

Quand je me suis allongée, j’ai pensé à mon IRM, souvenir jouissif, et je me suis dit que puisque pendant l’IRM j’imaginais faire une tendre sieste, je n’avais à imaginer à ce moment-là que je subissais un simple frottis.

Quand il a installé le spéculum il m’a dit qu’on avait fait le plus dur, j’aurais bien aimé le croire vu que c’était hyper bien, le spéculum, mais je savais forcément qu’il mentait. Je me suis demandé comment on allait procéder maintenant, à quelle heure précise j’allais mourir et si oui ou non il allait me demander de tousser comme j’avais lu sur la toile et qu’un pet allait s’échapper de moi.

C’était franchement chaud.

Sans oublier qu’il faisait 36 degrés et que je ne dirai jamais « je me suis fait poser un stérilet » mais que je dirai toujours « je me suis fait poser un stérilet sous 36 degrés ». Ça rend l’épreuve plus admirable.

Première étape : « le test », qui a déchargé dans tout mon bas du ventre une tension électrique, j’ai bondi, j’ai dit merde la vache carrément, il m’a rassurée, il a dit que le stérilet ne serait pas pire.

Et le grand moment est venu, mon corps était plus que tendu et mon vagin pourtant complètement ouvert, et la décharge électrique est revenue, elle m’a attaquée le ventre, le dos, et mes yeux allaient pleurer, je crois que oui, ils ont pleuré, trois larmes, de douleur et de joie, du genre « c’est presque fini et si je pars du principe que c’est presque fini alors oui, le mal que je ressens est largement supportable et je peux me dire alors que je suis une adulte ». Mais la douleur n’est pas passée en trois secondes, c’est ça qui m’a effrayée, je me suis demandé si j’allais vivre toute ma vie avec cette douleur. Ça ou les trois canards qui te suivent tout le temps partout, je préfère les trois canards.

J’ai alors pensé qu’un truc pas normal était en train de se passer, je ne voulais pas qu’on ait à recommencer, fallait que la douleur se casse et puis c’est ce qu’elle a fait. Voilà, ça vous parait très long à lire mais tout ça c’est l’objet de trente secondes dans une vie.

Le gynéco a ensuite dit : vous vous sentez de vous asseoir ? J’ai répondu si vous êtes là, bien sûr, il a enchaîné : je reste là, on peut même aller prendre un café, j’ai rigolé bêtement et je me souviendrai à vie de mon premier fou rire avec un stérilet en moi.

Une fois assise il m’a posée quelques questions du genre : voyez-vous des étoiles ? Non. Votre tête tourne ? Non. Coup de chaud ? Oui, mais avec la température qu’il fait, je ne situe pas bien d’où viennent les perles sur mon front.

J’ai regagné la salle d’attente en sa compagnie, la secrétaire m’a récupérée tout de suite, ils s’étaient passé le mot, on ne la laisse pas seule, j’ai cru qu’ils allaient m’escorter la semaine.

Elle m’a donné un petit sucre pour me faire du bien, et puis de l’eau, et puis j’ai demandé 5000 balles parce que sa générosité semblait sans fin. Ma sœur me regardait l’air apaisé, du genre « ma sœur n’est pas morte », ou peut-être « ma sœur n’est pas rouge, elle n’a pas dû péter au moment fatidique ».

Je suis restée posée là avec elle, je lui racontais les détails, je lui disais que bon, accoucher serait cent fois pire, mais que la bonne nouvelle c’est que ça n’était pas près de m’arriver. Ma sœur, elle, me reniflait, elle a dit tu sens la transpiration.

On a ensuite décidé d’aller se promener, c’était la première sortie de mon stérilet sur les Champs Elysées, et puis il s’est passé tout un tas de trucs bizarres. D’abord j’ai dépensé cent euros, comme ça, de plaisir, ensuite je n’avais pas envie de faire pipi, je me suis faite la réflexion après quelques heures, moi qui aie toujours envie de faire pipi, peut-être que le stérilet détendait ma vessie ou alors j’avais une peur inconsciente de me retrouver face à ma culotte et d’observer une petite tête de cuivre déposée là.

Parce que c’était bizarre quand même de ne pas avoir mal, je m’attendais à souffrir comme jamais, et non, à part un léger mal de dos similaire à un début d’hernie discale lombaire qui se réveille, rien n’était alarmant. Pas de grosses contractions, de je me plie en deux, rien. C’était tellement beau que j’ai dit à ma sœur : je pense qu’il est tombé et moi je crie victoire comme une imbécile.

Mais bon, j’étais fière et j’avais envie de crier à tout le monde que j’avais fait poser un stérilet. Alors oui c’est banal, et même écrire un billet là-dessus c’est peut-être aussi con que de vous raconter qu’hier j’ai acheté des oranges à jus et que je me suis coupé les ongles. Mais peut-être parce que j’avais peur, parce que j’avais lu le pire, alors oui, je me suis sentie grande gagnante. Ou alors je m’étais fait croire à l’impossible pour m’applaudir, peu importe.

Depuis, je ne l’ai toujours pas vu dans mon slip, il a l’air bien où il est, et samedi matin, je me suis faite jolie, alors que je m’en fous de me faire jolie pour aller chez Carrefour, mais il se passe ce truc bizarre que je me sens super femme. Je pense que de demain matin, je vais me réveiller, je ferai un 36, je serai bonne et positive, zen et immortelle.

Finalement, tout ça est passé très vite et j’y pense presque déjà plus. Je ne sens pas grand-chose dans mon corps, même si parfois je me dis qu’on est deux, ce qui est légèrement pathologique.

Est-ce normal cette impression de vivre avec un animal de compagnie et d’être soulagée que la relation s’annonce bien. J’ai beau savoir qu’il n’est pas vivant, je l’affectionne tout comme. Je le remercie d’être qui il est, de s’être laissé faire et d’avoir bien voulu de moi comme hôte.

Bientôt, je lui présenterai mon mec, j’espère que ça se passera bien.

Coucou
Coucou
4 commentaires Ajoutez les votres
  1. Quel courage de l’avoir fait par un 36°C ! Avec la chaleur le papier de la table serait resté collé à mes fesses hihi.

    J’ai l’impression de lire ma propre pose… A un détail près : je l’ai fait avant Noël et j’étais tellement excitée de trouver une gynéco qui accepte de m’en poser un (22 ans et nullipare) que j’ai presque pleuré en lui disant que c’était le plus beau cadeau de Noël.

    J’ai vite déchanté.

    Cependant aujourd’hui j’en suis très heureuse, et je l’aime mon petit stérilet <3

  2. C’est marrant que ca t’ait fait flipper comme ça ! J’ose même pas imaginer les horreurs que tu as dû lire pour avoir peur comme ça !
    C’est sur que c’est pas le meilleur moment quand le Gyneco le met, mais c’est une telle liberté 🙂
    Et alors il t’a filé 5000 balles ou pas ?!

  3. Je vais vivre cette grande épreuve et bien entendu, je fais ce qu’il ne faut PAS faire, c’est à dire zoner sur le net pour y lire des récits vachement épiques et toujours dramatiques… Heureusement que je suis tombée sur votre article.
    Bon, je flippe toujours à en pleurer mais j’ai bien ri !

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