Mes appels à témoins, vos confidences (merci)

Je cherche des naturistes, des parents épuisés, des couples libertins, à distance ou à trois, des femmes qui ont divorcé après un mois de mariage et d’autres qui se sont mariées après le septième divorce. Des femmes ayant eu recours à la PMA et d’autres ayant eu un cancer du sein. Je cherche des histoires d’amour, d’amitié, de famille, de sexe, de combat, de résilience. Je cherche un peu la vie, vous répondez à mon appel et vous me racontez.

Et je voudrais vous remercier pour ça. Pour toutes vos confidences. Parce que vous m’accordez du temps mais surtout parce que chaque coup de fil échangé me transforme un peu.

Il y a des rires. Des rires spontanés et cette impression, parfois, de déjà vous connaitre. Il y a ces moments un peu fous où le tutoiement s’impose naturellement. Vous abandonnez le « vous » pour me dire « enfin tu vois ». Peut-être parce que le sujet est bien trop intime ou au contraire ne l’est pas du tout. Vous voulez garder vos distances ou bien abolir la distance.

Il y a des silences. Tranquillement ne pas les déranger pour que vous trouviez vos mots. De temps en temps les combler, vous aider, vous aiguiller.

Il y a des confidences dans les confidences, des « je ne sais pas si je peux dire ça » ou des « mais ça, ne l’écrivez pas ». J’entends encore ces milliers de digressions, ces minutes entières à parler d’autre chose, de la météo ou de ce que vous faites en me racontant votre histoire. Parfois vous me dites « je suis en voiture, je viens de trouver une place » ou « je ne peux pas parler fort, je suis dans le train pour Bordeaux ». Je vous imagine, ne sachant même pas à quoi vous ressemblez.

Parfois je sais, j’ai un vague souvenir. Vous êtes une ancienne connaissance. Quelqu’un que j’ai perdu de vue depuis des années et qui un matin m’écrit pour me dire « moi je peux témoigner ». D’autres fois, vous êtes une personne de mon quotidien et je découvre un pan de votre vie que j’ignorais. Je vous promets toujours de garder le secret. Il y a beaucoup de secrets.

Il y a aussi la peur. La peur de ne pas être la bonne personne. Vous craignez de ne pas être intéressant, de ne pas « correspondre », de ne pas être assez doué. Mais on est toujours doué pour parler de soi.

Et puis il y a les larmes à l’autre bout du combiné. C’est toujours un peu dingue. Ces instants où vous reniflez, murmurant un « pardon ». Parce qu’on parle de FIV, de cancer, de ruptures douloureuses ou de la disparation d’un proche. Ne pas savoir si ces larmes surgissent parce que je vais trop loin ou vous mets trop à l’aise. Il y a l’envie de les éponger et celle de m’excuser. De vous dire les frissons, d’abandonner mon statut, de vous confier combien vos pleurs me collent des frissons et me piquent les yeux. Quelque fois, on parle un peu de moi.

A chaque fois que l’on raccroche, vos voix résonnent encore. Je suis agitée par vos confidences,  vos rires, vos doutes, votre courage. Ça me donne la pêche ou me file le vague à l’âme pour la journée. Vos vies entrent dans la mienne. Ce n’est même plus une histoire de papier à écrire, c’est bien plus que ça.

Souvent, vous me remerciez, c’était bien de parler, et puis c’est bien d’en parler. Ce que vous vivez mérite d’être dit, il y a des messages à faire passer, des lecteurs à rassurer. Mais vraiment, c’est moi qui vous remercie.

Voilà, je pense à ça aujourd’hui, parce que sort en kiosque le Biba du mois d’octobre et ce papier sur le cancer du sein. Parce que je n’oublierai jamais les trois femmes que j’ai interrogées et les quatre heures cumulées que nous avons passées au téléphone. Je me revois assise au café, celui où je travaille quasiment tous les jours. Je me revois composer les numéros, prendre des notes, multiplier les lignes, les questions. Je me revois bosser ces témoignages, la frustration de ne pas pouvoir tout dire mais le défi de retranscrire l’essentiel, le plus important, la juste émotion.

Ça a été chouette de tomber sur vous. Et j’espère que ça continuera.

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