Michel

Je m’appelle Michel, de nom, pas de prénom. Je suis un drôle de passe-partout, je suis le commun, le tout le monde, la simplicité qui couche avec la banalité et qui accouche de la platitude. Si tu cherchais encore tes parents.

Ceci-dit, je l’ai longtemps bien vécu.

A part me demander si j’avais retrouvé mon chat, on m’a rarement emmerdée à l’école.
Si j’avais été plus vieille, j’aurais répondu qu’en couchant on obtient tout et que le père Lustucru déboîte pas mal.

Sinon, je m’appelle Caroline. De prénom, pas de nom. J’ai donc eu droit au Caroline à la montagne et Caroline à la ferme, mais la bonne nouvelle c’est que Martine a bouffé plus que moi.

J’étais plutôt contente à une époque d’être introuvable sur Google et de ne jamais avoir à épeler mon nom au téléphone.

Après, j’ai commencé à bosser pour des magazines et j’ai souvent entendu : « Vous êtes la journaliste de Capital ? » et « Vous êtes la journaliste de Cosmo ? ». Non, mais j’aimerais bien. J’ai compris qu’on était dix mille à peupler la planète presse et que je n’étais pas rendue pour me distinguer de par ma signature.

Un jour, j’ai décidé de signer Caroline Marie, j’ai réalisé un peu plus tard que je courais à ma perte. Je suis revenue à Michel.

Je me suis drôlement interrogée le jour où j’ai commencé à écrire un bouquin. M’imaginer signer comme tout le monde, ça me faisait un peu chier. T’as lu le dernier Caroline Michel ? Non, dix grognasses qui signent pareil, on commence à s’en battre les œufs, tu vois.

En plus de ça, j’ai toujours trouvé que les gens à la personnalité allumée avaient un nom à coucher dehors. Un nom original. Qui marque. Qui intrigue. Qui fascine même.

Les meufs s’appellent Lou, Cléa, Capucine et ont un nom avec une particule et au moins deux syllabes imprononçables.

Caroline De La Michel, de toute façon, ça fait grosse arnaque.

Alors un jour, j’ai lui ai dit – lui à qui je confie tracas et autres – avec de l’émotion plein mon identité : je n’ai pas un nom à réussir. Il n’a pas compris. Je lui ai expliqué que quand on s’appelait Caroline Michel, on avait vocation à travailler à la banque, avoir des horaires fixes, être mère de famille nombreuse et lire Guillaume Musso.

Il a ri. J’ai gueulé.

Il m’a dit que mon raisonnement était totalement merdique. Que ce n’était absolument pas fondé. Pour le coup, je trouve que c’est le raisonnement le plus fondé que puisse avoir une Caroline Michel.

Il a renchéri en me disant : des personnes aux noms hyper sobres ont réussi dans la vie !

Ah ouais, qui ?

Jacques Martin.
Michel Blanc.

Pierre Richard.

Bon bah depuis, ça va mieux.

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