Enervée

Se lever, essayer, chercher le bon angle, s’appuyer sur son bras, changer de bras, se demander combien j’ai de bras, lâcher l’affaire, me remettre sur le dos, me dire c’est fou, on dirait un insecte qui s’excite et ne parvient plus à se retourner. Ou une femme enceinte, c’est selon.

Prendre de l’élan, respirer un coup, t’es grande, un mauvais moment à passer, s’applaudir, les deux pieds sur le tapis, c’est bien je suis debout, c’est génial pour un début de journée, être debout, mettre ses pantoufles, se dire c’est fou je ne mets jamais mes pantoufles, je vieillis, c’est absurde.

Faire du café, gueuler de douleur, boire un coup, retourner au lit, chercher une position, n’en trouver aucune, tenter de se relever, décider de s’habiller, se mettre en vie, ne pas pouvoir se baisser, ne pas pouvoir enfiler une chaussette, appeler Camille, me faire habiller par Camille, lui rappeler sa fille, rêver d’être si petite, ne pas vieillir, ne jamais vieillir.

Tenter de prendre l’air, souffrir, s’asseoir aux places prioritaires dans le bus, attraper des sourires de compassion au vol, répondre de mon âge à la question, regarder dehors, les gens galopent, attendre encore, un peu de patience.

Voir un jour passer, puis deux, puis avaler ses cachets, les compter comme une retraitée, et de un, de deux, de trois, de quatre, de cinq, de six, tout avaler, se recoucher, guetter son téléphone, refaire un café, passer un coup de fil, avoir de la visite, ne plus avoir de visite.

Ecrire dix minutes, être mal en point, chercher une position, recommencer, me dire c’est drôle, je bosse en pointillés, je bosse plus souvent moins longtemps, je bosse différemment, prendre une douche chaude, pleine d’espoir, reprendre des médicaments, espérer, attendre, prier ma propre patience, je ne suis pas patiente, puis-je le devenir, chercher à le devenir en même temps qu’une position, refaire du café, répondre à un message, espérer un message, espérer la patience, tourner en rond, attendre, encore.

Mettre la télé, s’y attarder, chercher un film, deux films, trois films, autant de films que de médicaments par prise, revoir ceux que j’ai déjà vus, des valeurs sûres, m’endormir quinze minutes, me remettre au boulot, couper le son de la télé, oublier de le remettre, être tellement au bout du rouleau, inventer un nouveau jeu, lire sur les lèvres, mater des émissions en lisant sur les lèvres, voilà, reconnaître le magnifique de Cristina, être vraiment au bout du rouleau, me dire je suis vraiment au bout du rouleau.

Ecouter de la musique, me dire c’est l’occasion de découvrir, essayer de chanter, vouloir danser, lâcher l’affaire, encore, alors écrire, encore, ne savoir faire que ça, et puis manger, boire du coca, regarder son téléphone, descendre au courrier, râler, douleur. S’énerver devant le grand miroir du hall d’entrée. Voir les jours défiler, encore.

Penser à demain, au demain de demain et à tous les demains, penser à ce jour prochain où aller chez Monoprix ne sera qu’un fou bonheur, le plaisir d’arpenter les rayons, de voir le ciel, prendre un verre dehors, traverser la rue, toutes les rues, rejoindre du monde, aller acheter un agenda et un nouveau gel douche, préparer septembre et être bien, être bien et ne plus errer, ne plus chercher sa place dans un rond trop anguleux, qui fait mal, mal, mal, mal.
Bref, j’ai une hernie discale.

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